Cioran  » Alors que tous les êtres ont leur place dans la nature, il demeure une créature métaphysiquement divagante, perdue dans la Vie, insolite dans la Création… »


la république

 » Depuis Adam tout l’effort des hommes a été de modifier l’homme. Les visées de réforme et de pédagogie, exercées aux dépens des données irréductibles, dénaturent la pensée et en faussent le mouvement. La connaissance n’a pas d’ennemi plus acharné que l’instinct éducateur, optimiste et virulent, auquel les philosophes ne sauraient échapper : comment leurs systèmes en seraient-ils indemnes ? Hors l’Irrémédiable, tout est faux ; fausse cette civilisation qui veut le combattre, fausses les vérités dont elle s’arme. A l’exception des sceptiques anciens et des moralistes français, il serait difficile de citer un seul esprit dont les théories, secrètement ou explicitement, ne tendent point à modeler l’homme. Mais il subsiste inaltéré, quoiqu’il ait suivi le défilé de nobles préceptes, proposés à sa curiosité, offerts à son ardeur et à son égarement. Alors que tous les êtres ont leur place dans la nature, il demeure une créature métaphysiquement divagante, perdue dans la Vie, insolite dans la Création. Un but valable à l’histoire, personne n’en a trouvé ; mais tout le monde en a proposé ; et c’est un pullulement de buts tellement divergents et fantasques que l’idée de finalité en est annulée et s’évanouit en dérisoire article de l’esprit. Chacun subit sur soi cette unité de désastre qu’est le phénomène homme. Et le seul sens du temps est de multiplier ces unités, de grossir indéfiniment ces souffrances verticales qui s’appuient sur un rien de matière, sur l’orgueil d’un prénom et sur une solitude sans appel. » CIORAN, Précis de décomposition, Extrait. »
Lecture du samedi…

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3 Réponses to “Cioran  » Alors que tous les êtres ont leur place dans la nature, il demeure une créature métaphysiquement divagante, perdue dans la Vie, insolite dans la Création… »”

  1. Après la suppression des mots » mari et femme « , le mot race a été supprimé aussi du dictionnaire… Ce qui indique que la » race des seigneurs » c’est donc bien fini et que les roturiers à pied seront dès aujourd’hui autrement considérés mais j’ai comme un doute !(1)…Ainsi nos élites devraient également supprimer le mot « guerre » en priorité, le mot « faim » conjugué avec le mot gras pour supprimer l’obésité mais aussi tous les « cochons à l’engrai « de la République et donner à manger à tous ceux qui meurent de faim au lieu de se gaver de « petits oiseaux  » arrosés de verres d’Yquem !… Pourquoi pas le mot « maladie » car plus besoin du « médecin-référent »… la délation pour avoir de plus en plus de « voisin-référent » et « d’instituteur référent  » et « d’employé territorial référent », … , les tous nouveaux référents depuis janvier (2)! …mais surtout de supprimer au plus vite le mot politicien, banquiers, etc….Voilà un gouvernement qui sait trouver les bonnes solutions aux graves problèmes du pays par le symbolique et par une Loi sur le renseignement qui en égale une autre dans l’histoire de la république !…Je me demande dans combien de temps le mot  » France  » sera aussi éliminé !…regardez les timbres-poste : le mot république y est déjà absent !. …….

    (1)» C’est vrai, Monseigneur, nous sommes débarrassés de la noblesse privilégiée. Mais qu’y avons-nous gagné ? Je n’aurais pas eu trop d’antipathie, moi, pour ces grands si seigneurs brillants, si gais, si spirituels, si galants, si magnifiques, si braves sur les champs de bataille comme sur le pré, que Dieu semblait avoir envoyés ici-bas en partie de plaisir.
    Ceux-là, du moins, nous opprimaient avec élégance. J’ai connu un enfant (ceci est historique) qui se mettait au-dessus de ses camarades, parce que lui, son père le corrigeait avec une belle cravache, tandis qu’eux étaient fustigés avec une simple et vile houssine. Je suis assez de l’avis de ce petit sot et vous-même, si vous aviez un fardeau à porter, n’aimeriez vous
    pas autant, poids pour poids, que ce fût des fleurs que de la boue ? Vous vous êtes substitués, vous, à la vieille noblesse. Vous avez laissé ce qu’elle avait de vaine gloire, et vous avez pris ce qu’elle avait d’avantages réels. Vous avez jeté l’habit, mais vous avez eu bien soin d’enlever ce qu’il y avait dans les poches. Vous ne vous ruinez pas, vous, en fêtes magnifiques, en meutes, en équipages, en grands laquais galonnés. Vos pères étaient d’imperceptibles bourgeois de province, des molécules de rentiers, et vous, vous laissez à vos fils des héritages de grand seigneur. Vous ne faites point bâtonner vous les huissiers par votre valetaille, vous payez exactement, et par douzième, votre part du budget ; mais le budget est pour Vous un pique-nique où vous apportez une alouette et où vous dévorez un dindon. Les mouches de l’émigration étaient rassasiées de notre sang ; mais vous, moucherons de juillet, Vous êtes venus fondre sur nous, plus après, plus dévorants, en nuages plus épais que la sixième plaie de l’Egypte. Selon vous, nous sommes des brutes qui n’avons que l’instinct de l’obéissance, d’imbéciles moutons qui viennent se prosterner d’eux-mêmes sous les vastes cisailles du budget, et n’osent bêler quand on les égorge, de stupides boeufs qui se laissent mener, par un enfant, de leur vaste prairie à l’abattoir. Ah vous ne sauriez trop nous mépriser, Monseigneur ! Nous sommes des brutes, en effet, nous qui, cependant,nous comprenons bien que le privilège dont vous jouissez tourne à notre détriment. Et si nous avions de la capacité, qu’en ferions-nous? Combien d’entre nous qui avaient de la capacité, et qui sont morts d’une longue suite de misères dans vos hospices. Combien d’entre nous qui ont de la capacité, et qui subissent les tortures de la faim dans vos greniers ? J’ai connu, moi, de jeunes hommes qui avaient de la capacité, et qui enviaient aux animaux de vos ménageries la nourriture et l’abri que vous leur donnez ! Cette capacité, elle serait pour nous un malheur de plus; notre sort serait celui de l’oiseau cloué par les ailes à une porte cochère, et qui respire en regardant le vaste ciel…. » Claude Tillier, PAMPHLETS, Lettre au système sur la Réforme électorale, Extrait,1840-1844.
    (2)« L’expérience des dernières générations me convainc pleinement que, seule l’inflexibilité de l’esprit humain, fermement dressé sur le front mouvant des violences qui le menacent, et prêt au sacrifice et à la mort en proclamant : « Pas un pas de plus ! » Seule, cette inflexibilité de l’esprit assure la véritable défense de la paix de l’individu, la paix de tous et de toute l’humanité. » Alexandre Soljenitsyne.

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