CYRANO de BERGERAC  » Je vous dirai même que tenant ma boule en ma main, je ne laissais pas de monter, parce que le chariot courait toujours à l’aimant que je tenais au-dessus de lui … »


 » – En suite de ces préparations, je fis construire un chariot de fer fort léger et, de là à quelques mois, tous mes engins étant achevés, j’entrai dans mon industrieuse charrette. Vous me demandez possible à quoi tout cet attirail ? Sachez que l’ange m’avait dit en songe que si le voulais acquérir une science parfaite comme je la désirais, je montasse au monde de la lune, où je trouverais dedans le paradis d’Adam l’arbre de science, parce que aussitôt que j’aurai tâté de son fruit mon âme serait éclairée de toutes les vérités dont une créature est capable. Voilà donc le voyage pour lequel j’avais bâti mon chariot. Enfin je montai dedans et lorsque je fus bien ferme et bien appuyé sur le siège, je ruai fort haut en l’air cette boule d’aimant. Or, la machine de fer que j’avais forgée tout exprès plus massive au milieu qu’aux extrémités fut enlevée aussitôt, et dans un parfait équilibre, à cause qu’elle se poussait toujours plus vite par cet endroit. Ainsi donc à mesure que j’arrivais où l’aimant m’avait attiré, je rejetais aussitôt ma boule en l’air au-dessus de moi…. Mais, l’interrompis-je, comment lanciez-vous votre balle si droit au-dessus de votre chariot, qu’il ne se trouvât jamais à côté ?… Je ne vois point de merveille en cette aventure, me dit-il ; car l’aimant, poussé qu’il était en l’air, attirai le fer droit à soi ; et par conséquent il était impossible que je montasse jamais à côté. Je vous dirai même que tenant ma boule en ma main, je ne laissais pas de monter, parce que le chariot courait toujours à l’aimant que je tenais au-dessus de lui ; mais la saillie de ce fer pour s’unir à ma boule était si violente qu’elle me faisait plier le corps en double, de sorte que je n’osai tenter qu’une fois cette nouvelle expérience. A la vérité c’était un spectacle à voir bien étonnant, car l’acier de cette maison volante, que j’avais poli avec beaucoup de soin, réfléchissait de tous côtés la lumière du soleil si vive si brillante, que je croyais moi-même être en feu…. » CYRANO de BERGERAC, Les États et Empires de la Lune, Extrait,1652.
Lecture du mercredi…

Une Réponse to “CYRANO de BERGERAC  » Je vous dirai même que tenant ma boule en ma main, je ne laissais pas de monter, parce que le chariot courait toujours à l’aimant que je tenais au-dessus de lui … »”

  1. Eh oui c ‘ est une ascension alchimique ….et qui ne doit être que nécessaire pour une évolution !!!

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